Je ne suis pas le premier sur l'info, ni sur la photo à la c... La thématique habemus Papam a été amplement abordée chez Phersu et Emmanuel, mieux que je ne saurais le faire... Mais c'est ce qu'on appelle dans la profession un maronnier. Aussi n'y couperais-je point.Et tout d'abord, une photo (merci Hugo) :

Bon, ça c'est fait. Maintenant qu'on a bien ri, on peut passer à la bio.
Der Panzercardinal est devenu pape. Le surnom donné à Benoît XVI aura
acquis un fond de vérité à voir comment c'est déroulé ce
conclave-éclair, duquel est sorti pape celui qui y était entré favori.
Il faut croire que l'Eglise catholique aura au moins pris cela à cette
modernité à laquelle elle n'est pas prête de succomber, au vu du choix
qu'elle vient d'exprimer.
Benoît XVI, alias Joseph Ratzinger, a
78 ans. Il est allemand, fils de policier, et originaire d'un charmant
village de Bavière où il milita jadis (de force, selon lui) aux fameux
hitlerjungend,
les scouts nazis. Ce n'est qu'un prélude. Il se retrouve ensuite
brièvement mobilisé dans l'infanterie de la wermarcht, avant d'être
fait prisonnier jusqu'en 1945. Précoce, Joseph s'engage dans la voie
cléricale en même temps que son frère Georg, en 1951. Devenu docteur en
théologie, il l'enseigne à partir de 1959, et choisit de ne pas exercer
de charge paroissiale. Il participe au
Concile Vatican II dans les valises de l'évèque de Cologne, et y évoque même... le célibat des diacres.
Le Joseph des années 60 se montre tenté par le réformisme, mais retourne sa veste devant les audaces de
Hans Küng
à Tübingen, où il enseigne à partir de 1966. Il qualifie de
"tentation nihiliste" les avancées proposées par Küng, et fonde la
revue
Communio
pour faire pendant à celle des disciples de Küng, Concilium. L'idée du
déclin de l'église ne va dés lors cesser de le hanter. Nommé Archevèque
de Munich, puis cardinal en 1977, il est propulsé au Vatican dans le
sillage de son ami Karol Vojtila, quand ce dernier devient Souverain
Pontife, en 1981. Durant 23 ans, Joseph dirige la
Congrégation pour la Doctrine de la Foi,
nom préféré à partir de Vatican II à celui de Sacrée Congrégation du
Saint-Office, ou encore Sacré Congrégation de l'Inquisition Romaine
Universelle", de sinistre mémoire. Sans cesse maintenu dans ses
fonctions, et ce même après qu'il ait franchi la limite d'âge de
75 ans, Joseph est le fidèle bras armé de Jean-Paul II. Il s'en donne à
coeur joie pour purger la pensée catholique de ses influences marxistes
(
Leonardo Boff...) et autres.
Considéré
unanimement comme un brillant intellectuel, il se montre également un habile politicien
lorsqu'il s'agit de gérer la fin de règne de Jean-Paul II. Son
influence sur le Vatican connaît un point d'orgue en 2000, lorsque le
bon Joseph porte un coup de frein décisif au dialogue interreligieux
prôné par le pape Wojtyla, en refusant de reconnaître le caractère
d'Eglise aux Protestants. En 2004, il prend officiellement position
contre l'intégration de la Turquie à l'Union Européenne. Lors de
l'élection présidentielle américaine, il ordonne aux évèques américains
de refuser la communion aux politiciens acceptant l'avortement. Des
implications séculières décriées, signes pour certains d'une fermeture
d'esprit endémique.
Comme le déclare le pasteur Gilles Daudé,
"le fait de le choisir [...] si rapidement montre que l'Eglise n'a
personne d'autre". Du moins le clan conservateur. Durant les deux jours
du conclave, Ratzinger a réussi l'exploit de neutraliser tant l'
Opus Dei
que les tendances réformistes de l'Eglise, jusqu'à rester seul en lice.
Accusé par certains de manquer de charisme, le désormais Benoît XVI a
voulu montrer qu'il est un homme du XXIe siècle : hier, il a
envoyé un
sms
aux abonnés italiens de l'opérateur TIM. Ce qui ne change pas le fond
de sa pensée, mais donne à réfléchir sur le poids grandissant de la
communication, même au sein de l'église catholique romaine.